LIRE, ACCEUILLIR, RISQUER

« Nous cultivons, de coïncidences en croisements, l’intuition d’un sens,
la volonté d’accueillir le mystère de nos vies, ces trésors inouïs, que la 
raison ne saura jamais épuiser. » – Daniel Canty

« L’expérience est une distance qui persiste », soutient dans ces pages Noémie Laporte. Comme un sourire, ajouteront les autres, une course folle, un désirde fuite, une promesse de rencontre. Étrangement, les signataires des textes retenus dans ce numéro semblent avoir été marqués, pour la plupart, par des écritures singulières qui les accompagnent dans leur parcours.

Des phrases nous occupent toute une journée ou même pendant des mois, parfois des années. On écrit, on lit parce que d’autres l’ont fait avant soi, ont lancé dans l’espace des phrases qui nous ont interpellés et émus. Comme le font ces tempêtes, vigoureuses et imprévisibles, qui balaient tout sur leur passage, et s’insinuent entre les pages d’un poème ou d’un roman, rendant difficiles la représentation ou la pensée linéaire, cela qui dans nos vies, comme l’humanité dans une page, se laisse percevoir par éclats de vibration toujours sur le point de se briser en mille gouttelettes.

Or, dans chaque mot entendu / lu / proféré, il y a une adresse à l’autre, une prière parfois, une protestation même, des promesses de rencontre en tout cas, assez puissantes pour s’accrocher. Et les écrivain.e.s ici rassemblé.e.s nous rappellent que la vie avec les mots est expérimentation, promesse, risque. Ainsi, les essais de Frédérique Bernier, de Michaël Trahan et de Symon Henry exposent des voix qui n’hésitent pas à nommer les risques del’incertitude, l’intime nécessaire, l’expérience d’une violence historique comme autant de réalités. Les poèmes de Jean-Jacques Camy, de Rachel Gamache, de Noémie Laporte et d’Alexis Rodrigue-Lafleur nous font parailleurs traverser des lieux connus mais neufs, et révélés dans leur fabrication par le langage. Les récits de Daniel Canty, de Jean-Louis Trudel, d’HélèneLaforest, de Simon Alarie et de Lise Gagnon fabriquent pour leur part des espaces imaginaires et rêvés qui, à leur tour, invitent à la conversation. Et les extraits des pièces de théâtre d’Anne-Marie White et de Thomas Dufour soupèsent pour nous ce qui importe et ce qui est oublié, mesurant le poids duréel. Chaque texte relance la parole et nous ouvrons alors avec celles et ceux qui nous font signe une longue et intime conversation pour une traversée, un accompagnement, un retour de l’émotion. Il y aura toujours un dialogue entre lejamais plus et le pas encore, toujours fasciné, inquiété, par une réalité nouvelle qui bouleverse tout.

Chantal Pontbriand nous offre, pour sa deuxième présence dans la revue, une présentation du portfolio d’Éliot B. Lafrenière, composé de photographies. Elle en retrace les mécanismes, créateurs de systèmes singuliers, et en dévoile les micro-récits. Ainsi on comprend que le travail de l’artiste, en révélant des univers, crée des systèmes singuliers apposés tout contre le réel.

Enfin, Michael Delisle signe son dernier texte comme auteur en résidence. Ses carnets, sobres et précis, délicats comme l’émotion l’est toujours chez lui,auront été précieux. L’écrivaine Élise Turcotte lui succédera dans ce rôle pourles trois prochains numéros et nous attendons déjà avec beaucoup de curiosité ses textes et leur parole toujours singulière.

L’équipe de la revue vous souhaite bonne lecture en plus d’un étéinspirant et généreux. 

— Gérald Gaudet, au nom du comité de rédaction composé de Dany Boudreault, Micheline Cambron, France Mongeau et Marie-Ève Leclerc-Parker.