Une femme déambule dans les rues d’une ville, se perd, se retrouve, au hasard des lieux et dans le silence des rencontres inattendues. Ce qu’elle y voit la distrait d’elle-même tout en lui rappelant, « mine de rien [1] », d’apprivoiser la tristesse, l’absence, jusqu’à l’ « authentique tremblement de nos joies ». Ainsi se déploie une manière de dire le monde dont le sens n’est pas à chercher ailleurs que dans l’observation concrète de ses éléments :

je suis venue ici feuilleter les parcs
en partant de nous.

Le paysage à livre ouvert, parcours aléatoire semblable à celui des découvreurs abordant des rivages inconnus. Il n’y a rien à expliquer, dit la femme, puisque « les fleurs ont préservé leur apparence : de fleur » et « le ciel sa majesté ». Et pourtant…

Celle qui avoue se tenir « à l’extérieur [du] paysage » se trouve happée par ce qu’elle voit :

le paysage m’arrête, puis recommence
s’arrête et continue
j’ai beau m’en éloigner
il reste : là
sans début ni fin lui aussi

Et la femme de revenir sans cesse « au-delà des sentiers boulevards » et « des chemins d’eau », à ce qu’elle désigne comme « le sous-terrain du réel ».

– Extrait de « Le sous-terrain du réel » de Lise Gauvin, un texte en présentation du porfolio de Louise Marois paru dans le numéro 177.