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CÉDRIC DEMANGEOT

d’un désarroi : lambeaux


 

On aura perdu (très jeune, chacun)
ses mains dans la terre ou dans l’eau.

On aura appris (un peu plus tard)
que ce qui est perdu ne se retrouve pas.

On aura fait avec, c’est-à-dire
sans.

Personne n’en est mort (ou presque).

Alors on continue : tout comme avec.

Il faut croire que ça consiste en ça.

 

 

On s’extasie, un matin,
dans les vapeurs. On marche

sur des mousses. On a des éclats
de verre dans les yeux.

Puis, le sable remonte
à la tête. Le jour

change de couleur. Les corps
perdent leur odeur, les salives

leur saveur. La musique et les mots
laissent leurs peaux mortes sur le sol.

 

 

Erreur, hélas, de geste ou de
calcul,

méprise, oubli, rature? – le

jour s’est déplacé, qui continue sans nous.

 

 

Il aura fallu.

Désarmer le chagrin,
affamer la haine.

& se rappeler
le goût de sang
des dents de lait.

Apprendre, non

plus à dire ou faire, mais

à disparaître pour ouvrir
une heure à vivre (ou rien).

 

Puis, lèvres cousues, bouche remplie de
cendre, ou d’une autre matière noire. À
vomir : le mot de rien qui soit au monde.

Vomir vers l’intérieur.

 

Tête & cœur
inversés, la
bête ne sait plus
par quelle extrémité
prendre son corps pour l’
habiter. On
a tout oublié
des couloirs par où
passer pour être j

e reste enfermé dedans

et dehors –




 
 
 
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