retour au sommaire


MARIE COSNAY

Senza lettere


 

c’est dans la fin du printemps, une qui sent l’été et ce qui vient bien que ça vienne après des temps déplorables, des temps de déploration, comme on est allé loin dans l’abaissement, on le sait après, à la fatigue consécutive, c’est dans la fin du printemps, j’éternue, des roses blanches et des iris m’ont poussé autour, c’est alors que j’ai soupçonné l’homosexualité confuse d’un être qui m’est cher, je n’ai rien donné à mon impression comme crédit, mon impression a effleuré la fin du printemps, l’été qui venait, puis est passée comme si de rien n’était, comme est passé le déplorable, nous a quittés, pas d’un seul coup le déplorable, mais l’impression oui d’un seul coup a disparu, ne laissant dans son sillage qu’une sorte de mollesse, un manque d’énergie et la débandade des muscles

on parle parfois avec certains qui ne comprennent pas, la débandade des muscles, ce que c’est de ne plus se lever, on peut être atteint d’une grave affection, on ne pense plus mais gît dans le coma, on peut aussi voir le jour durer cruel et ignorant sans maladie dans une chambre minuscule qui donne sur les toits de Saint-Esprit, ce jour crève de sa lame le sensible en nous le peu qu’on est la peau qu’on a la fine peau, on a beau avoir de l’idée, on n’arrive pas à rejoindre ce qui est dehors et on parle parfois avec certains qui ne comprennent rien et qui disent Et si tu faisais un peu de sport

pas besoin de maladie pour l’alanguissement, un poète disait Comment les grandes choses sont-elles diable tenues portées par ceux-là mêmes qui ne peuvent bouger le petit doigt, soudain d’eux des flammes jaillissent ils sont eux-mêmes la flamme et bâtissent un empire et l’empire quel qu’il soit monte et tombera demain, ce sera sans défaut, l’écroulement le plus beau, plus beau que n’importe quelle érection, ce sera l’apothéose de l’écroulement

dans mon premier cauchemar la découpe est progressive, la mise à sac, j’ouvre un œil et constate le rapetissement, bien sûr il y a les alcools du pauvre mais rien qui justifie la métamorphose, c’est ainsi chaque matin, je connais le rapetissement, un jour tu ouvres l’œil sur l’aube métallique, ce jour l’œil est plus grand que le front, dépasse un peu, c’est malin

le printemps 2012 a bien commencé quand je dis Bien c’est de façon générale, on attend de savoir qui aura en charge les questions d’immigration qui sont des questions attaquantes qui ont beaucoup attaqué, le printemps a bien commencé alors que mon univers a légèrement glissé, un être cher penchait vers un homme, en pinçait pour un homme, j’ai camouflé mon impression, je n’allais pas venir avec ma grosse pensée, avec ma pensée massive comme un tracteur ou un camion, eh tu as oublié de quel genre était ton corps et le mien par exemple

en réalité je n’avais pas besoin de ça pour étudier le genre et le corps

la mollesse et la débandade à cause des saisons qui ne se décident pas, le mois de mai persiste et les ciels d’une manière générale, rien à voir avec la météo, ne veulent pas crever, faudra bien que quelque chose s’arrache ou s’écorche




 
 
 
2017 © revue littéraire Les écrits design : les crédits