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CHRISTIAN PRIGENT

Ah, nos amours!


Bientôt je vis rassemblés autour de moi tous les objets
qui m’avaient donné de l’émotion dans ma jeunesse

Jean-Jacques Rousseau
Confessions (Livre IX)

1

(2006 : moi aussi mon cœur battait)

Es schlug mein Herz, geschwind zu Pferde!
In meinen Adern welches Feuer!
In meinem Herzen welche Glut!

Goethe

 

Le violoncelle ouvre ce bocage whooofff
Vite le paysage largo y bouffe
C’est que l’auto fonce dans la fente
Entre bermes fourrées genêts menthes

Et ajoncs — oh comme l’arase ce relief l’écho
De la radio sous les crêtes (prés
& bois lissés sous la pesanteur d’eau
Des nuées)! Cet hymne c’est l’immense allé

Dans les replis détails les sillons le goût
De la volupté mâle allons cœurs pâles sous
Ces caresses nous entrons vomis dévalés
Dans la douceur de thé des mondes violacés.

 

2

(1955 : l’Éden, et après)

Au diable le rouge ambre et les falbalas
Et paumons-lui la gueule à Éros si sa
Peau de fesse de berger extravagant
Bleuit de moisi moche aux bosquets d’avant

Qu’on quasi fut mes sœurs mes fraîches mes
Cousines dans les rus d’eau fine accroupies
Parmi l’encre l’essence arc-en-ciel le lait
De cuisse et les pipis divisés aux toupies

Du courant. Rien que l’eau blanche des lessives
Laisse aller rose et cobalt entre des rives
Le jus acide exacerbant c’est cidre ou
L’herbe à la porcelaine de vos genoux.

 

3

(1962 : prudence, petits pas)

Attends n’accorde rien encore aux sens si
Tu veux leur refuser bientôt quelque chose
Ou si puisque infuse en toi l’enflure rose
Nébulidineuse un nimbus asphyxie

De son gaz anthracite obstinément ta
Pensée. Ces trous (deux billes de verre écla
Boussées) poussés dans les écrans crapuleux
Sont yeux ils clignotent comme du bon dieu

L’absence et plus bas sous des joncs ou le pagne
Tergal de jupe est la sorte de pulpe ou coule
Un marbré parme et prune et la piquée poule
Peau par où t’allèche à jamais la campagne.




 
 
 
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