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MONIQUE DELAND

Infinies fins du monde


 

Il n’y aura pas de petit trou par lequel s’échapper. Ce sera un
coin de la pièce, sans fenêtre ni fissure dans le plancher. Rien
que la blancheur mate de tout ce qu’on connaît déjà.

Il y aura le dégel du bloc mémoire. Ses images, avec les scènes
qui ne s’effacent pas plus qu’elles ne se dénombrent ou ne se
détaillent, tant la mort advient vite. On n’aura rien vu venir.

 

Le mur serré, les prénoms cassés, les lèvres qui crachent, le
jardin qui déchire, l’odeur de sang rouge dans les yeux. Il y
aura tout qui délire, superpose sa foi au miroir des couleurs
hallucinées.

Épaule, coude, cortex, lambeaux de hanche ou de poignet,
muscles du pouce, thorax. On est partout sans protection,
contre les précisions du langage. Les sons et visions arrivent
par paquets de douze.

 

Il n’y aura pas de ciel pour respirer. Mais le retour de l’aigu,
de l’exigu. L’origine des maux de ventre et de poumons, le
nœud qui se cogne la tête, puis la tête qui ne fait que mal
penser. Mourir encore, dans son avenir inscrit.

Il faudra rester là, saisi comme une crevette, comme devant
les cornes effilées du Minotaure. Rester là, à savoir ce qui s’en
vient. À le regarder écumer, s’avancer, s’enfoncer tournevis
dans la matière osseuse. Crucifié.




 
 
 
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