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HÉLÈNE DORION

« L’espérance du soleil » : Présentation


 

C’est dans le plaisir de la rencontre que la revue souhaite rendre hommage à Jean-Guy Pilon. Il ne pourrait en être autrement lorsqu’on sait combien l’amitié, la solidarité et la convivialité lui sont chères et constituent même des aspects essentiels de son lien à la littérature.

On le constate à lire son parcours, Jean-Guy Pilon a fait de l’action et de l’engagement l’un de ses projets littéraires et sa contribution au rayonnement de la littérature québécoise est inestimable. Réalisateur d’émissions culturelles à Radio-Canada de 1954 à 1988, il a aussi été Président de l’Académie des lettres du Québec de 1982 à 1996, a participé à la fondation de la revue Liberté, qu’il dirigea pendant près de vingt ans, a été co-fondateur, avec Fernand Ouellette et André Belleau, de la Rencontre québécoise internationale des écrivains dont il a également été responsable durant plus de vingt-cinq ans, en plus de diriger, de 1994 à 2000, la revue Les Écrits. Jean-Guy Pilon s’est impliqué à plus d’un titre dans la vie littéraire québécoise avec une ferveur et une générosité rares.

Cette présence de Jean-Guy Pilon dans l’institution littéraire québécoise ne porte d’aucune façon ombrage au poète immense qu’il est. J’ai pour ma part découvert son œuvre alors que j’écrivais ce qui allait devenir mon premier livre de poèmes, au début des années 1980. Comme eau retenue a été pour moi une lecture décisive. Aujourd’hui encore, lire Jean-Guy Pilon, c’est bien sûr d’abord renouer avec les préoccupations de la génération de l’Hexagone, celle des « poètes du pays », qui a en quelque sorte constitué une communauté, une fratrie dont les enjeux étaient liés à un projet politique — l’indépendance —, et que traversent les thématiques de la fondation du pays et de la quête identitaire. Ces poètes (dans leur diversité, Jean-Guy Pilon, Gatien Lapointe, Michèle Lalonde, Fernand Ouellette, Roland Giguère, Jacques Brault et, bien sûr, Gaston Miron) ont soutenu une conception de la vie et de la poésie qui s’appuie sur des idéologies politiques et englobent les questions de l’origine et du devenir. Si la conscience politique a depuis été supplantée par ce qu’on appelle une conscience planétaire, et si les écrivains québécois ont par la suite délaissé la quête du pays, on peut cependant lire dans les préoccupations écologiques actuelles un discours sur le lieu (dont le mot écologie porte d’ailleurs la trace), évidemment très différent, mais qui constitue un prolongement du désir de retrouver le lien intime qui unit le devenir de l’être humain à celui du lieu qu’il habite.

Plus encore, la visée idéologique qui sous-tend l’œuvre de Jean-Guy Pilon tient à un souci profond de l’être, de sa destinée et, par conséquent, de ce qui entoure les conditions de sa survie et de son accomplissement. Être humain, c’est d’abord habiter un lieu — maison, pays, planète — qui se nourrit d’images et d’impressions sensorielles, et donc un paysage intérieur en incessante transformation qui en porte la résonance métaphorique. Tout autant, l’œuvre de Jean-Guy Pilon laisse ainsi surgir et ressentir l’impalpable, cette essence des choses où vibrent les questions qui nous hantent depuis toujours.

« Les très profondes douleurs ne sont jamais étrangères à l’amour. » « Courir à perdre la mémoire / pour conserver l’espérance du soleil ». « Nous marchons / À la parole mesurée de nos cœurs / Nous allons patiemment vers notre famille / Appelée des quatre coins du monde / Bâtir cette vie / Pétrir cette terre ». L’œuvre de Jean-Guy Pilon est celle d’un aventurier de l’âme humaine qui écrit des poèmes comme on plante des arbres.

Chacun des écrivains que j’ai réunis ici permet que résonnent la poésie et la présence de Jean-Guy Pilon pour créer un spectre qui témoigne de la pertinence et de la richesse de cette œuvre marquante de la littérature québécoise et rappelle à juste titre l’importance de l’homme dans l’institution littéraire. Je les remercie de leur précieuse collaboration. Je remercie tout particulièrement Jean-Guy de nous avoir confié un poème inédit. On y retrouve avec émotion sa voix toujours tendue entre l’intime et l’universel.




 
 
 
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