retour au sommaire


GUY CLOUTIER

État d'alerte


 

1

Son chant a la douceur
d’un abri sous le noir horizontal
l’oiseau bleu résiste à la neige

Résiste ou appelle?

Son ripieno
suspendu au froid

Tandis que son regard le grève
la pianiste se tient devant le matin
comme il se tient vent debout
dans le sang de son corps

Elle se tient devant ses ailes comme elle n’a jamais été

 

Et elle scrute dans la partition
cette effraction qui s’ouvre
pour donner jour à l’espoir.

 

2

Ce n’est pas de la discrétion c’est de la retenue
pour tenir la distance
le cœur à vue sur le clavier
et décider de ce qui chante

Se confier à la seule attente
Ne plus écouter que le corps
redressé qui s’impose
sans se laisser saisir

État d’alerte!

S’avancer à visage découvert

Et se dire que cela fera dans la neige indécise
une lumière plus vaste que le jour.

 

3

Ne pas oublier le passage

Comme les grands masques Shona
les stèles fleuries d’une pierre à pardon
La carapace fragile et musicale du corps

Les tranchants les matières tendues

La main comme une lame
qu’elle n’aura jamais à ensanglanter
seulement à bleuir
dans l’eau du dégel.

 

4

Peut-elle espérer son chant
qu’il la ramène au calme dont elle rêve
comme il l’a soustraite au mauvais calme

Par des coups d’ailes

Une mise en effraction

Bien que ses feux soient
du côté de l’obscur
des cendres des ombres
plus que du côté de la lumière

Croit-elle pouvoir allumer
de nouveaux incendies
sans risquer de perdre peu à peu la main.

 

5

Or voici à présent
l’appel
une lettre à la solitude
dans laquelle elle
demandera refuge.




 
 
 
2017 © revue littéraire Les écrits design : les crédits