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JEAN-MARC DESGENT

Une âme avale toute la langue


1

Ça veut voir le profond, moi, c’est fini, glisser hors du monde,
C’est le dur mystère de tout un chacun,
Les armées de fillettes bien droites dans  ma tête,
Mes jeunes années et leur épouvantable,
Les croyances et mes poumons brûlés. Toi, l’hiver,
                                            c’est ma chambre lente.
Ta voix est si claire, je rêve gris.
J’ai l’être enseveli,
je suis au bas des ciels,
C’est l’Homme pas assez,
je suis l’homme mal vissé,
Je suis tous ceux dont  l’âme est une glace qui monte
                                                              dans la gorge.

 

2

Mes neiges ont des glisses, bruissent des glaces,
L’impossible dehors, j’ai les mains vide-dieu,
Je suis allongé, caché, calé dans la pensée banquise,
Je suis sans cœur, je suis frigorifié, et toi, les trous,
Tes pieds et la tempête sont des blancs, des bleus immobiles,
Avec les crevaisons d’âme, pas de rêve, pas d’idée,
Voilà, je me vois l’être, nulle part.

 

3

Je suis les cœurs-personne.
L’épiphanie des mots et des astres, malgré eux
Dans l’existence pauvrette de n’importe qui.
Et, ça descend vite sous zéro, ne te dégraille pas, la nuit,
                                                                  toi, la nuit.
Je m’exprime loin, je suis mal dit, c’est mal dit,
Je suis démembré ou chuté, tu crois que tu peux y faire
                                                            quelque chose,
Ce n’est pas donné, nos guérisons.

 

4

Les chiens et les chiennes, tu vois.
On brûle dans un lit.
Après, c’est la cour des miracles, moi, partout.
Jeunes femmes, jeunes hommes apeurés, abattus, on n’arrête
                                                               pas la guerre,
C’est une nation qu’on pend, mon  pays, mes chansons.
Les amoureux appartiennent aux ténèbres qu’on ne sait
                                                             plus les compter.
Toi, moi, ça ne manque à personne.
On a entré, claqué mon corps dans l’hiver,
Tu vois, c’est sans vêtement, tu vois, c’est sans main sur
                                                                       la peau,
Tu vois, c’est comme vieillir, se cacher, penser :
C’est comme vieillir, cacher son corps, penser la mort.
C’est la cervelle humaine, tu ne vois pas ça.
C’est n’importe quelle vie traversée par l’ennui, aussi par
                                                                     la haine.




 
 
 
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