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LIONEL RAY

En abîme    en écart


Les heures

Fable
par gestes sursauts alarmes
c’est le chant des vitres
sans heures creuses rien que flammes
et naissances variables

heures natives
le temps qui nous use
disparition d’objets
les noms s’habituent
aux lendemains

fumée des ressemblances
le feu voyage
toujours plus loin
dénoue l’ailleurs
la nuit descend
jusqu’au cœur
 

la vie en abîme en écart
escalier vacillant
l’aventure d’être
la joie grave de l’amour
vers la neige des sommets
avec la musique des hautes œuvres

et l’approche quelquefois.


Nostalgies

Le mot « merci » s’épuise : c’est un métier
— on veille on veille on veille —
souviens-toi d’Angèle      ses façons d’angle      ses visions
une identité flottante sans imposture toute une histoire

aussi vraie que naguère le retour de Robinson
même présence même absence
la dérive des îles la traversée opiniâtre des films
quelques jours en enfance à la hauteur du vent

mes chaussons de Noël aux belles agrafes
si bleus     un bleu si doux     couleur d’oubli
ma profonde joie
fraîcheur aux quatre coins du monde

merci aux hirondelles aux lumières de septembre
aux talons vertigineux
à tous à toutes     ces visages antérieurs
merci aux ruines aux chemins comiques aux pierres de sang
merci aux produits forestiers à la rouille du voyage
aux saisons
à l’étourdissement du cœur dans les blés violents

mes insondables nostalgies
on n’en finit pas de plonger
ô cette race que nous sommes
naufragés naufrageurs race orpheline




 
 
 
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