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NICOLE BROSSARD

Tressaillir


 

c’est un mercredi tranquille
personne ne se révolte
la lumière gagne le corps
roule autour des poignets
ténèbres en garde à vue

on parle tout bas
de glisser vers l’abîme
défiguré
loin de l’humanité

au matin j’ai un chiffre dans le sentiment
un œil de deuxième personne au pluriel
je continue moi ensemble nourri
de règne animal et d’azul

voici que tu surveilles les virgules
qui effacent et refont la nuit
voici que le moment venu tu caresses
une nappe d’eau et sa logique
d’embrasement

je dis ce qu’on dit
de ne pas mentir
c’est infiniment
risqué, et nous respirons

une heure avant l’été
la nuit avait un corps
je t’aimais partout
comme dans certaines phrases
au bord d’un lac
et de l’univers

comment ça va dans ton âme
et la colère et la tendresse
langue je dirai quoi à qui
du haut de ma cage thoracique
langue viens-tu
dans mes pensées
dehors dénicher le sel la certitude


L’USAGE DES VERTIGES MINUSCULES

qui voudra encore s’entêter de réel
balbutier dans le répertoire
des armes et des boucles en série d’autrui

debout notre corps n’en pense pas moins
la mer, la faim, la manœuvre mystérieuse
de l’air et de ses bonds fabuleux dans la poitrine

à bonne vitesse d’ombre
sortir de soi exige de filer doux
entre siècles et galaxies marelle céleste

notre mythologie de nuit millénaire
quelques noms de bêtes au cœur arraché
la transparence fruitée de nos sexes

tout ça sort de soi vivant trop bref




 
 
 
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