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JEAN-PHILIPPE GAGNON

Têtes au pied du vent

(extrait)


 

chambre au matin

sur l’eau du miroir
une tache de lumière

prunelles nimbées
de nuit

un bloc a crû
concrétion de larmes

une clarté
l’énigme là :

calcaire plombé
poussière des feux

~

je n’ai plus le visage
opaque des conquêtes

ce caillou quoi
ce caillou qui

se caille
écume
à l’angle de la commode
mes navires mentaux
se fracassent échoués

contre les falaises
sandales de menthe
l’esprit s’est prosterné
au creux du sans-figure

grès du souffle :

la statuette de minerve
toute voile hissée

~

cet arbre un éclair
tombé tête à
l’envers

il croît sur les terres sombres
nos socles
au creux d’une encre
forte
étale
son feuillage ouvre
les spectres

passe au travers
comme l’air dans la carcasse
d’un dieu vagissant

il croît :
— arbre à scandale

en lui monte une sève
que la tempête sait

mais bourrasques    en silence
ces tiges à nos tempes
murées

écho des dalles les siècles emportent
dehors    paquets de pluies
contre la vitre les noyés qui…

~

minerve traverse
la lymphe de l’air
elle fend
les eaux les pierres
l’éclat sombre
les vents
nos chairs
y déploie ce feuillage

jardin dans le murmure
libère la source
les voix

entre ciel et sol
nos stèles vocifèrent
elle est
toutes les entrailles de la terre

une robe incandescente
de mots d’images
quand se dénude
l’énigme

elle soulève    lance fracas
ces rafales dans nos nuques

~

sa toge l’océan
où dorment
les noyés

nos naufrages
de talc

au récif sa main
une loi un
bruit blanc

lente sauvagerie
j’aborde cette rive
où la rumeur des cistes…

la main tend pierreux
leurs fruits sous la dalle
de chant

sang figé effusif
d’un ciel glaciation
elle guide un cœur qui flamboie
au fond d’une nuit impersonnelle

portant la voix    barque lourde
sarcophage cavé

sur des volutes transies
marbre où nulle vague
ne brise

sémaphores
elle fait les gestes

pour nos trépassements




 
 
 
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