retour au sommaire


DENISE DESAUTELS

« Sur fond d’océan »

(extrait)


 

Regarder dehors, c’est contempler l’agonie
Monique Proulx

 

 

dix, douze, trente, peut-être plus
en croix
douleur sur douleur

j’en ai connu quelques-unes
comptées sur quelques mains
affaires domestiques, dérisoires en somme
comme on en connaît tous
nos morts impeccables
on n’y échappe pas
jusque dans l’urne, l’harmonie

mais rien, absolument
ne connais rien de la vôtre
cœur immense
par milliers, remous
échos qu’on crache, qui coulent sec
vers le centre du monde

la vôtre crie tout bas
terre, béton, mer et moelle se défont en elle 

on la prend comme elle vient
totale et implacable
nos doigts, nos mots
sur vos os étonnés se mettent en quatre

~

ce soir comme hier
jusqu’à amour
rien, les amis

jamais
jamais n’ai croisé de si vif néant

ce jour même
ça ne s’entend presque pas

seulement alarmes et minces voyelles
à pleines mains
aux abois
les unes contre les autres
mille meurtrissures et agonies
dans un climat de parfums

ça bégaie, chantant sourd, si près de la mer

et ça monte, monte
comme à Alger la blanche
le plus soyeux des jours
où j’entre
armée de votre douleur

d’où je ne sors plus

~

c’est désolé, sans cause
outre cet acharnement d’un janvier de braise

plus de tassements marrons
plus d’appels au secours ni de secousses
ni même d’haleines
plus de ruines grandioses

juste naufrage
comme on dit faim
entre ses côtes

juste criarde envie de tout couvrir de neige
pincements de cœur compris

le chaos hante haut
votre impardonnable géographie
île, antilles, haïti
avec plusieurs a très noirs
une obscurité à bout portant
et simultanément l’ordre, le soleil
jusqu’aux yeux
l’enfermer

s’éloigner de la pluie
s’accroupir à l’écart




 
 
 
2017 © revue littéraire Les écrits design : les crédits