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PIERRE OUELLET

Présentation


La civilisation touche-t-elle à sa fin? N’y a-t-il pas aujourd’hui plus de sagesse dans la sauvagerie? Plus d’espérance aussi? On parle volontiers de post-histoire, de post-humanité… et de plus en plus de post-littérature, mais n’y a-t-il pas une pré-parole qui fait fond aux mythes et aux rites d’où la « pensée sauvage » est née? Cette pensée « qui sort des bois », comme le suggère le mot « salvage », qui vient du latin silvaticus : « fait pour la forêt ». On se souvient du début de La divine comédie : « Au milieu du chemin de notre vie, ayant quitté le chemin droit, je me trouvai dans une forêt obscure. Ah! qu’il serait dur de dire combien cette forêt était sauvage, épaisse et âpre, la pensée seule en renouvelle la peur, elle était si amère, que guère plus ne l’est la mort; mais pour parler du bien que j’y trouvai, je dirai les autres choses qui m’y apparurent. » Nous avons demandé à une douzaine d’écrivains, poètes ou prosateurs, d’entrer à nouveau dans cette « forêt obscure » où l’on trouve autant de bien que d’âpreté, de beauté et de vérité que de férocité… à l’heure où notre histoire a dépassé le milieu du chemin et touche à sa fin, où elle vit sa propre « mortalité », dont seul peut la ressusciter un retour à la selve originaire où la pensée a vu le jour en même temps que l’inquiétude, l’angoisse, l’étonnement, synonymes de la quête et du questionnement que la littérature incarne. Le poème et le récit sont la « pensée sauvage » d’aujourd’hui, où l’on croit être sorti de la forêt alors qu’elle est en nous… ce lieu de mémoire ou cet espace imaginaire dans lequel on ne cesse d’explorer nos peurs et nos désirs, qui ne sont jamais que d’épais buissons où règne la vie sauvage la plus attirante et la plus terrifiante à la fois.