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DAVID BELLOS

À quoi sert la traduction?


 

On dit communément que la traduction sert à rendre accessible un texte écrit dans une langue qu’on ne sait pas lire. Nous pouvons admettre sans difficulté que ce service est effectivement rendu par de nombreux textes que nous appelons des traductions. Cela dit, cette idée générale de la traduction utile, qu’elle soit littéraire ou non, n’offre qu’une piètre explication de l’histoire et de la nature même de cette activité complexe et variée. Je me propose de réfléchir ici sur tout ce qui, dans les actes de traduction, va au-delà ou vient en deçà d’un service offert aux ignorants.

La traduction orale a sans doute existé de tout temps et dans toutes les sociétés, sous une forme ou une autre. La traduction de textes, non. Dans la pratique, traduction orale et traduction écrite ont des rapports compliqués : ce ne sont certes pas des activités entièrement distinctes. Mais en principe, et dans l’histoire des langues et des littératures, ce sont deux choses tout à fait différentes. Pour que la traduction écrite existe, il faut d’abord une écriture, c’est évident. Rappelons que dans l’histoire de la communication humaine, l’écriture n’existe que depuis cinq millénaires, un laps de temps minuscule par rapport au développement du langage et des sociétés humaines. Cette invention a tout changé, surtout ce que l’on peut imaginer dans le champ de la traduction. En fait, traduction et écriture semblent intimement liées.




 
 
 
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