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OLIVIER GAMELIN

Jérusalem mon amour


 

Aussitôt débarqué de l’avion, le voyageur se questionne : pourquoi Jérusalem ne sent rien? Aucune des odeurs qu’il s’attendait à retrouver n’imprègne les alvéoles mémorielles de son odorat fatigué. Rien de la fraîcheur du jardin des oliviers, des figuiers généreux, des romarins aromatiques, rien des notes de rose et de jasmin, rien des bouquets de dattes, des arômes de café torréfié dans une échoppe de la vieille ville, rien de l’odeur du pain et du papier journal, des effluves d’encens et d’épices multicolores dont il pensait s’imprégner, la cannelle, la cardamome, le safran, les piments, la muscade. Pourtant, ce sont ces parfums qui l’amènent à Jérusalem. La tristesse d’un amour endeuillé et les parfums. Le voyageur a choisi cette destination en fonction des souvenirs qu’il y a semés, des odeurs qui y sont associées. L’architecture lui importe peu, l’art et la culture, les gens, l’histoire, le désert et l’air méditerranéen, tout cela est secondaire, sans importance. C’est la deuxième fois qu’il pose le pied en Terre Sainte, ce paradis où les fragrances de l’humanité se chassent et s’entrecroisent. Cette fois-ci il entreprend seul son voyage. Sa femme ne l’accompagne pas. À l’aéroport, il pleure comme il pleure depuis plusieurs semaines dans son petit trois-pièces montréalais. Une boule d’acier s’accroche à son cœur, son esprit se fige dans le béton. Il reprend le voyage qu’ils ont réalisé l’année précédente alors qu’ils brûlaient d’amour l’un pour l’autre et que leur vie coulait de romantisme comme la rosée matinale sur une gerbe de rosier.




 
 
 
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