retour au sommaire


HÉLÈNE MATTE

Pierre Lavallée : commune solitude


 

Et étant à tout jamais lié de par mes gestes oubliés, et par le fruit même de mes paroles, et par ma force et par ma peur. Ah! Laissez-moi mourir, exactement seul. Négligeable et négligée, l’inestimable solitude. –Ah, j’aime bien, parce que cela représente ma solitude, cela représente mon drame, cela représente mon destin. Bien sûr ce poème n’a pas de titre. C’est un… pauvre petit poème de quatre vers. Mais c’est moi, c’est moi alors que je vais mourir1.

 

Pierre Lavallée fait partie de ma communauté poétique depuis quelques années. La première fois que je l’ai entendu, c’était lors de la « Nuit de la poésie » organisée par le journal Droit de Parole, à Québec, en 2005. Il a lu avec son flegme habituel un texte décrivant une émission de la chaîne RDI, publié dans Quinze manières d’être à Québec. Il m’inspira alors le poème « Je suis touriste chez nous » lors de l’écriture du spectacle Voyage Voyage. Je découvris en lui le don de mettre en scène la banalité en alliant paradoxalement la candeur et l’ironie. Sa voix monocorde, sortant de son corps haut et filiforme, venait du fond d’une caverne et son timbre rappelait celle du surréaliste belge Achille Chavée. La comparaison pourrait se poursuivre jusque dans la forme de leurs écrits, brefs et percutants, ou encore parce que certains de leurs poèmes évoquent leur propre mort. Mais la comparaison s’arrête là, car les textes de Pierre ne pigent en rien dans l’ésotérisme et se collent peau à peau au quotidien. Sans être des amis proches, la poésie nous a liés. Pierre participa à deux projets au long cours que je mène : Apprentis poètes! et VI_DE_DI_EU. Une mutuelle affection s’est installée entre nous. Notre intimité n’était pas conventionnelle, elle se jouait dans un autre corps que celui de la proximité physique : elle fut enfant de la poésie, accouchée par la voix, dans les franges sensibles des récitals.

 

1. Achille Chavée dans Achille Chavée (33 tours), La Louvière, Le Daily-Bul, 1971.




 
 
 
2017 © revue littéraire Les écrits design : les crédits