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JEAN-FRANÇOIS BERNIER

Les instants sauvages


 

L’adolescent rêvait de courir à l’aube dans les trains, de creuser de cette façon la distance pour se défaire de ses craintes. Il rêvait d’un espace neuf dégagé devant lui, libre pour l’amour ou sa propre disparition. Maintenant il est seul, accompagné du vieillard qui penche ; vers l’aube, l’univers pâle et dégradé où circulent les phrases n’a pas l’attrait des saisons réelles, mais l’apparence d’un miroir terni qui avance, s’arrête et se fixe sans jamais conclure. Les journées de l’esprit se prolongent d’une façon pareille, avec une progression faible dans la durée − alors qu’il espère toujours le glissement accéléré sur une eau salvatrice, l’avancée qui le sortirait sans retour de sa voie lente et refermée.




 
 
 
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