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LOUIS-PHILIPPE HÉBERT

Hôtel National


 

Tu as repris maintenant ce discours intérieur
il te parle d’une voix si claire
que tu crains d’être entendu par ceux qui t’entourent
tu te réfugies au fond du placard de ta chambre d’hôtel
tu frappes du pied par terre pour qu’on n’entende pas la voix
et tu sors le plus tard possible avec cette bête certitude
que tes voisins d’étage savent tout sur toi

toi qui crois que personne ne doit avoir accès à tes pensées
tu fais semblant de chanter dans les couloirs
tu voudrais siffler des airs connus, le Ô Canada ferait l’affaire
ça détournerait l’attention comme ce soir
pendant que tu faisais le plein à la station-service de
                                                                                     Maniwaki

tu es entré dans Ottawa à la faveur de la nuit
si ça avait été l’été tu aurais baissé les vitres
tu aurais ouvert la radio à tue-tête
et tu te serais mis à chanter

tu connais les paroles de la chanson :
regarde-moi dans les yeux, mon chéri
moi, je ne vois rien, ma chérie
mais tu sais que tout ton corps te trahit
comme une plaie qui jamais ne guérit




 
 
 
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