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JEAN-CLAUDE BROCHU

Deux saisons


 

Dix jours pour quelqu’un ainsi cloué sur un chevalet de torture équivalent à dix siècles...
William Styron, Face aux ténèbres

 

J’ambitionne d’écrire chaque jour quelque chose de semblable à une phrase. Ces phrases en ébauche s’additionnent quelquefois jusqu’à former des paragraphes, dans l’espoir d’un texte. Souvent, sous l’impulsion de mes lectures, j’assemble deux ou trois bricoles pour tenir la forme, appeler la joie, la bénédiction de se savoir, quoi qu’il arrive, créateur. Quand ma vie trébuche, je ne trouve pas mieux qu’écrire. J’entre pour mon bien dans une bulle de mots où je conserve pourtant l’impression de m’approcher des autres.

L’écriture occupe le centre de mon existence, je me suis enfermé en elle du plus loin que je me souvienne; je ne sais vraiment pas si cette évidence me sauve pour autant de l’imposture. La tape dans le dos — au sens de n’hésite plus! — viendrait-elle seulement chez les poètes? Je le pense, à les voir se saluer les uns les autres ; en même temps, je me répète que je ne suis pas parvenu assez loin sur le chemin de l’écriture pour reconnaître qu’on y va seul. « Jusqu’à quand peut-on en permanence ne pas se prendre au sérieux? », se demande Carlos Liscano dans L’Écrivain et l’autre. « Parce que chaque matin on se réveille et on a besoin de forces pour se réinventer [...]. Parce que même si rien ne vaut la peine on a besoin de soi-même. »




 
 
 
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