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FRANÇOIS D. PRUD’HOMME

De temps et de lumière


 

Je suis assis dans une grande salle au sol bétonné. Plongé dans l’obscurité. Devant moi, une toile. Immense. Presque indiscernable dans la lumière rouge qui inonde les lieux. Comme un pan de mur. Qui se détache d’un fond opaque et sombre. Un écran inhabité. Envahi par un jour frelaté. Un monde gravide projette un courant d’air dans mes cheveux, sur mon visage, mes doigts engourdis. Dans mes oreilles, un murmure. Un bourdonnement qui augmente en intensité au fur et à mesure que s’égrènent les secondes. Une sorte d’effervescence s’installe dans la salle. Un événement va se produire... Un personnage va faire son entrée. L’attente et la nudité des lieux me font frissonner. Je n’en finis plus de rogner l’ongle de mon pouce droit. Assis près de moi, des inconnus échangent des mots que je ne comprends pas. Je reconnais la langue, mais le sens de la discussion m’échappe. Leurs paroles s’écoulent entre mes oreilles comme le temps dans la clepsydre. Ils semblent tous savoir ce qui s’en vient. Je le devine à leur sourde impatience.




 
 
 
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