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CHRISTIAN THOREL

Ombres blanches


 

Dans la salle de cinéma, on a éteint les lumières. La projection a commencé. Sur l’écran qui a désormais perdu sa vocation de toile blanche, on voit l’image d’un homme. Il semble en plein désarroi, autant qu’en état d’ébriété. Le jeu de l’acteur détermine du moins cette interprétation du spectateur. Le personnage jette un esquif à l’eau. L’océan est apparemment sans limites. Et dangereux. Il est ainsi prévisible que l’homme va périr noyé, mais le film se finira trop tôt, il est donc probable que quelque chose va se passer. Au plan suivant, l’homme échoue sur une île. Une visite rapide confronte ce nouveau Robinson à de magnifiques jeunes filles. À l’abri des feuillages, elles s’ébattent en pleine innocence dans l’eau pure d’une conque naturelle. Nous sommes en 1928. Robert Flaherty a lâché le film qu’Hollywood lui a commandé et qu’il a tourné aux îles Marquises. W. S. Van Dyke le termine. À sa sortie en France, Jean Cocteau y découvre l’un des premiers films sonores. Il écrit dans son journal : « Ai entendu le rire des femmes dans Ombres blanches. »




 
 
 
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