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GLEASON THÉBERGE

Un vide à remplir


 

Ça vous tend les bras avec ferveur mais sans insister jamais et, malgré pareille promesse d’affection si peu exigeante, vous oubliez parfois son attente généreuse quand, en rentrant chez vous, quelle que soit l’heure du jour, vous ne répondez pas d’abord à son appel et préférez prendre le temps de laisser bottes ou souliers dans l’entrée, y accrocher manteau ou parapluie, pendant que l’autre se tait, pour ne pas vous brusquer sans doute et, bien installé au salon à la chaleur invitante, protège, déjà à sa portée, bientôt à la vôtre, revues ou journaux familiers, surface pour la tasse ou le verre, et tabouret où poser les pieds. Mais quand vous vous y dirigez et que vous vous glissez dans son étreinte pour y accouder vos bras fatigués, laissant reposer votre tête sur son dossier confortable, dans le bonheur un peu banal de le savoir là pour vous, il vous arrive sans faute, œil et paupières closes, de vous y endormir dans la confiance totale de ses rembourrures et parfaitement rassuré.




 
 
 
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