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CHRISTIAN SAINT-GERMAIN

L’affolement des totems


 

Journée pédagogique

École publique contrôlée par des petits hommes gris à vasectomie récente graffitis de moisissures entretoits d’amiante réformes pédagogiques gangs de rue stagiaires analphabètes sur les portraits de fin d’année spécimens à sourires refaits bals de graduation terminés par dons d’organe les clowns fraîchement émoulus de l’École du cirque se succèdent au-dessus des acétates des écrans tactiles des sorties de groupe comme au pénitencier trapèze volant entre les jours flottants du calendrier semaine du suicide de la dépression du condylome de l’intimidation du piercing fête des neiges joyeux temps des fêtes ça repart en septembre avec l’achat des armes blanches de poing des thermos pour la soupe populaire des fournitures scolaires inuits gras sur banquise de bons sentiments professeurs jetables étudiants retrouvés sans vie au Dollarama de la culture de masse mobilité permanente de la ressource humaine finalement atterrissage forcé dans le bac à recyclage des sciences humaines diplomation en adaptation scolaire et primates en théâtre adapté aux personnes en perte d’autonomie en sciences des religions expliquées aux toxicomanes les urgences ferment les CPE restent ouverts sept jours sur sept pendant que je me délasse sur les plages horaires j’avance en carrière m’enfonce dans le trou minier des cours du soir poursuivant au bout du tunnel la grande clarté du Québec de demain transversal et compétent je vis au rythme des saisons du cycle des 26 payes et demie entre le demi sous-sol du département et les corridors verdâtres du métro Berri-de-Montigny au carrefour des quatre points cardinaux de l’économie du savoir Plan Dozois du patronage ancestral/Place Émilie-Gamelin pour la restauration rapide/Îlot Voyageur de l’excellence visionnaire/nouveau CHUM délicatement corrompu j’habite dans l’œil de la tornade bureaucratique à la convergence des avortements collectifs des luttes anticapitalistes j’aspire finalement à me gratter la calotte scolaire avec assez de cheveux sur la tête pour tenir plus tard mon panama à Dania

 

Noël des artistes

Les premiers millionnaires édentés de la soirée du hockey suent pendant l’entracte et je revois passer derrière leur face de carwash un ciel des années 70 avec son bleu sainte Vierge Lionel aussi avec sa teinture geai bleu des affiches de Robert Bourassa en drag queen de Nana Mouskouri CKVL Frenchie Jarraud les poètes de la contre-culture passés aux talents Catelli par la petite porte du canal 10 les escaliers extérieurs enneigés les bottes pour les chaussures à bout rond les vraies belles-sœurs lâchées en reinettes chez Dupuis frères comptoirs de sapins de Noël sur les coins des rues à hold-up Montréal-Matin le notaire Geffroy en fuite meubles en teck téléviseurs Admiral pretzel polaroid olives fourrées aux anchois Ginette Ravel annonce son divorce pendant que mononcle Kezel donne l’adresse de son pet shop avec son accent du Congo belge les membres de la colonie artistique passent les fêtes en Floride sur l’épaule de mon premier amour la cicatrice du vaccin contre la polio




 
 
 
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