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CATHERINE HARTON

Kiefer : Géotropisme noir


J’ai vu les morts respirer avec nos poumons
et la mer dessous perpétuer leur souffle

tandis que tu échafaudais pour chaque antenne
un écran pulvérisé de patience

Edmond  Jabès

 

Kiefer

je fais la très sincère demande des os
ce que le soleil attire à l’écrou une floraison
préserve la chlorophylle des vivants
les cocons d’eau l’enveloppe du risque je peins
trajets d’embellie l’archive minutieuse d’une foule
ses architectures mortes après l’or après le sang
je décrypte d’autres étoiles mon Sternenfall cicatrice
taillée à même la chair fondamentale l’oracle

je travaille le déplacement des barbaries
ce que l’on retourne au soleil corps capricieux
les pierres précieuses enfoncées au sternum la foi
le graffiti noir des eaux et Les ordres de la nuit
j’achève la clandestine laideur du ciel son plomb
l’étoffe sacrée des pleurs donnée pour du courage
le pollen allemand arraché à la pupille des offusqués
ma Melancholia dure comme une reine d’excuses

matière du périlleux du sauvage le limon
une seule Mutterkorn détachée malade de son continent
j’accueille le savant détail des guerres nous-mêmes
le livre maintenant forcé dépêché au désastre
on m’a confié le crâne sans l’humain sans son cauchemar
la requête des corps retournés aux derniers soleils
maintenant pulsations maintenant virtuoses

 

D'après Frau die Antike

(3 figures)

1.
J’enfile la robe blanche fait des demandes d’air
le passage des oies des continents pétrifiés
le levier des vivants son opéra de friches de cartouches
j’archive d’un souffle plages rubans tessons
bras de mer étendus aux insomnies au pétrole
attend un soleil imprimé de son évangile
la marelle froide des eaux n’est plus un visage
je trimbale une peau de cétacé
accueille les marées boucle les ventres je prie
mon accident de disgrâce

2.
Je deviens femme de l’Antiquité j’ouvre
linceul ou l’éventail de ses pestes
ma peau continue le sabordage des chablis
arbres de nuisances cintres des humiliés
je force l’idée d’une ruche d’une clairière
l’accomplissement des lumières ses décalcomanies
je retire le sceau des ruines et du solennel
refuse les dagues le fantôme comme preuve
mon encyclopédie de cendres je brûle
mon paysage de honte

3.
Je suis femme des guerres m’acharne sur le blé
l’étendue des vitraux les pieux les gorges maudites
je rabats les lunes aux bombardements
un calendrier d’hommes et d’enfants à même les nerfs
le hameau sec agrafé au cimetière
m’agenouille sur l’ardoise des morts
je ramène le pollen jusqu’à son mimétisme d’or
le divin jusqu’à la tumeur je ramifie
mon aliment noir




 
 
 
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