Gérard Titus-Carmel est né à Paris en 1942. Il vit et travaille à Oulchy-le-Château, dans l’Aisne. Peintre, dessinateur et graveur, il a participé à près de cinq cents expositions collectives et plus de deux cents expositions personnelles lui ont été consacrées à travers le monde, où son œuvre est représentée dans une centaine de musées et de collections publiques. Il a réalisé des œuvres monumentales pour le Ministère des Finances à Paris, le Grand Hall Olivier Messiaen de la DRAC Champagne-Ardenne à Châlons-en-Champagne et le Palais des Congrès à Nantes. Son travail s’organise en suites et en séries, chacune datée et close sur son titre qui, aboutées les unes aux autres, composent un long récit de la perte mené jusqu’au bord du vide et de l’absence. S’enchaînent alors des suites de dessins sur la figure du déboîtement et de la brisure, de la déconstruction et de l’épissure, toutes ramenées au centre d’une œuvre dont les investigations conceptuelles et graphiques s’interpénètrent – travail qu’il poursuit par ailleurs en « illustrant » bon nombre d’ouvrages de poètes et d’écrivains. Dès le début des années 1970, après plusieurs reconstitutions de lieux en autant d’« opérations olfactives », se développent de nombreuses suites de dessins et de peintures, jusqu’aux séries les plus récentes sur l’espace du paysage, sur la touffeur des frondaisons, les superpositions et l’organisation de l’ombre et de la lumière, comme dans la série des Forêts (1995-1996) qui, après les Dédicaces (1991-1992) et les Égéennes (1993-1994), s’ouvre comme une clairière durant la réalisation de la Suite Grünewald (1994-1996), où il approfondit sa réflexion sur la transparence et la « remontée » de la couleur. Succèdent alors les Nielles (1996-1998) et les Sables (1998-1999) où est privilégiée la trace du noir, puis les Quartiers d’Hiver (1999), les Feuillées (2000-2003), les Jungles (2004), L’Herbier du Seul (2005), blasons de la Nature et du Jardin qui, avec les Vanités et les Memento mori, cherchent à situer une présence dans le désordre naturel du monde. Vient ensuite La Bibliothèque d’Urcée (2006-2009), long cycle de peintures et d’œuvres sur papier marouflé qui se déploie en dix « départements » de dix œuvres chacun, marquant justement dans l’alignement des gestes comme dans l’occupation de l’espace, une volonté de donner du dessin – voire une écriture, et peut-être même une musique – à ce désordre. Ce travail de saturation de la surface débouche sur la série des lumineuses Brisées où la couleur s’engorge d’elle-même et rutile, scandant les étapes d’une imaginaire Route de la Soie, suivie de la série Figures du Double. Indépendamment d’une somme très importante de commentaires et d’exégèses que son travail a suscités chez les critiques et les historiens de l’art, bon nombre d’écrivains, de philosophes et de poètes se sont aussi penchés sur son œuvre de peintre : d’Aragon à Jacques Derrida, d’Alain Robbe-Grillet à Georges Duby, de Tadeusz Kantor à Yves Bonnefoy ou de Denis Roche à Abdelkébir Khatibi, quelques grands textes ont été écrits sur une œuvre qui ne laisse pas de questionner quant à la représentation, au statut du modèle et à sa mise en procès. Lui-même auteur (voir sa notice dans la rubrique précédente), il a publié à ce jour près d’une cinquantaine de livres, recueils de poésie et essais sur l’art et la littérature, dont plusieurs « rêveries critiques » visitant entre autres l’œuvre de Hart Crane, Gustave Roud, Edvard Munch, Yves Bonnefoy et Pierre Reverdy, ainsi que des études sur Pierre Michon, Henri Michaux, Bernard Vargaftig, Jean-Louis Baudry, Jean-Pierre Pincemin, Jean Echenoz ou Eugène Leroy.




 
 
 
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