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DENISE DESAUTELS

Février
constats et vertiges


 

Dès que rôde le rien dévoreur
Obstinément autour de l’âme.
Fernand Ouellette

Se serrer quand même
dans l’hiver contagieux
des vivants : sortir

Kim Doré

je dis ce qu’on dit
de ne pas mentir
c’est infiniment

risqué, et nous respirons
Nicole Brossard

 

01|02|2013

Un mot, juste un. Pour commencer. Un seul. Pour l’élan. L’accès à l’élan. Mais sans cri. Pas pour l’instant, la gueulante, le hérissement. Ce que je continue de voir, c’est la nuit. D’où je ne suis jamais sortie. Ma nuit de l’autre siècle infiniment extensible. Fonçant en aveugle parmi d’autres et leurs incalculables misères morsures ravages et ciels rauques. Sans protection ni prétention à la grâce. Féroces, les nuits universelles qu’on se partage à plusieurs et la mienne, l’alliée intime, constamment réactivée par celles des autres.

Mes cimetières se sont remis aux larmes. Tant d’aimés disparaissent. Ma vie se dépeuple, je vieillis.

 

03|02

Mon cœur femme ce matin – comme si on y avait perquisitionné. Celui d’une désespérée affrontant muettement sa désespérance. En deuil de voix. Inapte à la bonté et au réenchantement. L’élan – mais comment le générer quand même le croyant vigilant « se sent congédié / Du plus vif de la vie » et qu’il lance sur les ténèbres de la page 40 de À l’extrême du temps : « Un grabuge universel / Gouverne les égarés… / La vie se traîne… »?

 

04|02

L’air a durci. Déjà noté quelque part, ce constat : il neige – inventaire des absences. Là où tout gravite anonymement, on dirait, où Le cri de Munch se tient clos au milieu du vide. Un poing et son ombre. Rage errante ou peur battante égarée dans une constellation de fosses. Au bout de ma main gauche, la résistance des doigts de l’autre main – nostalgiquement à qui appartiennent-ils? – comme des gants qu’on n’arrive pas à retirer. Vacillement oubli perte dans le vieillissement clair-obscur de Vertiges de Paul-André Fortier.

Sans verrou, viens, accompagne-moi, sauve-moi.

 

05|02

Simultanément au centre de la même poitrine se sont ancrés le trop tard du cri et l’extrême muet. L’air de rien tout a fui – jusqu’où iront les cendres d’âmes? jusqu’où mon vide?




 
 
 
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