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GÉRARD TITUS-CARMEL

Où le lointain en soi s’effrange


 

Pour Marik

 

1.

Regard jeté en dernier appel devant de la mer
tout le lointain tremblant gris effrangé dès les yeux
et plus rien que cette ligne pâle là-bas Terre!
on dit Terre! sans trop y croire car déjà
on ne loge plus en soi on a quitté sa dépouille son sel
on est rendu hors des mots la langue a goût de tourbe
montant de la côte juste ce frissonnement on dirait
une barre à peine plus fauve posée avant l’horizon
et le vent partout ailleurs hersant le monde

 

2.

soudain le corps s’absente il renonce au sol natal
réduit net à ce silence qui gerce les lèvres et raye le cœur
puis devenu pierre & froid tout entier glacé jusqu’au sang
les coudes toujours enfoncés dans le jour transparent
où le ciel se mêle à l’ailleurs    au nulle part crissant
à nos fronts blancs l’os collé à la distance qui ne bouge pas
on est saisi derrière la vitre on reste là givre
vaincu tout de craie fragile mille fleurs à la tempe
tant d’efforts pour ne pas en ce rêve s’abolir

 

3.

on se soulève     on se convie à l’ombre qu’on devine
pas trop épaisse juste un voile glissé comme une taie
est-on jamais présent qu’en cet infini pendu comme linge
au bord des paupières lavées d’embruns & larmes amères
quand on renonce à soi    à la pesanteur du monde
et qu’on tarde à s’attendre dans les froissements
pour enfin rejoindre l’obscur le lointain immobile
à l’envers des épaules où bascule l’autre côté du jardin
ancré à demeure dans l’ancienne clarté des étés




 
 
 
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